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Accord-cadre institutionnel : Pas aux dépens de la protection des travailleurs et travailleuses

Des négociations concernant un accord-cadre institutionnel en prolongement de la voie bilatérale sont menées avec l’UE depuis 2013. Dans ces négociations, la ligne rouge à ne pas franchir concerne les mesures d’accompagnement relatives à la libre circulation des personnes et, dans ce contexte, la protection autonome des salaires et des conditions de travail en Suisse. Toutefois, un avant-projet est prêt, qui non seulement affaiblit les mesures d’accompagnement appliquées jusqu’ici, mais qui empêche aussi tout développement futur, ce qui bafouerait la promesse politique visant à protéger les salaires et les conditions de travail. Travail.Suisse rejette catégoriquement un tel accord-cadre qui serait au détriment des travailleurs et travailleuses. suite

Les Accords bilatéraux ont permis à la Suisse de régler ses relations avec l’Union européenne (UE). L’organisation de telles relations est essentielle non seulement sur le plan économique, mais aussi sur le plan politique, comme le montre le chaos qui règne actuellement à propos de la sortie de l’UE par la Grande-Bretagne, dans le cadre des négociations sur le Brexit. La portée économique de relations bien réglées avec notre voisin direct est immense pour une petite économie nationale ouverte comme celle de la Suisse. En effet, les entreprises helvétiques exportent vers l’UE plus de la moitié de leurs produits. Les Accords bilatéraux garantissent ce libre accès au marché, facilitent la livraison de marchandises suisses vers l’UE, renforcent notre pôle de production et garantissent les salaires et les postes de travail dans notre pays. Les Accords bilatéraux permettent aussi d’ajouter la libre circulation des personnes à celle des marchandises. De ce fait, il existe des relations bien réglées non seulement pour les exportateurs, mais aussi pour les travailleurs. Pour mémoire : près de 25 pour cent des personnes actives en Suisse ont un passeport européen et parallèlement environ un demi-million de citoyens et citoyennes suisses vivent dans l’Union européenne.

Étant donné que les salaires suisses sont les plus élevés d’Europe, lors de l’introduction de la libre circulation des personnes promesse a été faite sur le plan politique que la Suisse pourrait maintenir à l’avenir les conditions de travail et le versement de salaires suisses, et protéger ces derniers du dumping. Les mesures d’accompagnement ayant été introduites à cet effet, Travail.Suisse a donc approuvé les Accords bilatéraux entre la Suisse et l’Union européenne, et les défend depuis lors. En même temps, il était évident que la libre circulation des personnes ne pouvait exister que moyennant des mesures d’accompagnement efficaces. Car, aux yeux des représentants des travailleurs, il ne va pas de soi d’approuver une libre circulation des personnes, et donc une concurrence illimitée pour les travailleurs indigènes. Il a fallu et il faut encore garantir la protection des salaires et des conditions de travail ; quant aux mesures d’accompagnement, elles ont été et seront encore indispensables.

Rien de nouveau dans le fait que l’UE souhaite que les Accords bilatéraux évoluent. En 2013 déjà, la Suisse a adopté un mandat de négociation en vue d’un accord-cadre institutionnel. Au fond, il s’agit de la question de savoir, d’une part, comment concilier les Accords bilatéraux statiques avec l’évolution dynamique du droit et, d’autre part, comment obtenir un règlement des litiges, en cas de différends sur l’interprétation des Accords. Dans le mandat de négociation déjà, les mesures d’accompagnement étaient qualifiées de ligne rouge non négociable. Une position que le Conseil fédéral a confirmée à plusieurs reprises dans le passé, mais que le nouveau ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis et son entourage ont de plus en plus souvent remise en question au cours du semestre dernier – comme s’ils la tenaient pour rien. Et effectivement, les mesures d’accompagnement font maintenant partie de l’avant-projet de l’accord-cadre institutionnel que le Conseil fédéral mettra en consultation au cours des prochaines semaines.

Les mesures d’accompagnement sont décisives pour protéger les salaires et les conditions de travail

Les mesures d’accompagnement prévoient un contrôle des salaires pour identifier tout dumping salarial et ordonner le paiement d’arriérés de salaire. Parallèlement, des sanctions telles que des amendes et – dans certains cas particulièrement graves – l’interdiction de fournir des services sont possibles. En outre, ces sanctions autorisent la Confédération et les cantons à introduire – en cas de sous-enchères répétées et abusives – des salaires minimaux obligatoires, que ce soit par l’extension facilitée du champ d’application de conventions collectives de travail CCT ou par le biais de contrats de travail types dans les branches dépourvues de CCT. Au niveau de l’exécution, il existe à cet égard un système dual. Alors que dans les branches soumises à une CCT étendue, le contrôle des salaires et des conditions de travail est effectué par les commissions paritaires CP (représentant les employeurs et les travailleurs) des différentes branches, ce sont les commissions cantonales tripartites CT (employeurs, travailleurs et cantons) qui en sont chargées dans les branches sans CCT étendue.

Il ressort clairement du Rapport FLAM (Rapport annuel du SECO sur les mesures d’accompagnement) que, d’une part, ces dernières constituent un instrument efficace contre la sous-enchère des conditions de salaire et de travail, mais que, d’autre part, de telles sous-enchères sont monnaie courante. En 2017, dans quelque 44‘000 entreprises, le respect des conditions salariales de 170‘000 travailleurs a été contrôlé et des infractions aux dispositions salariales ont été constatées dans plus de 8000 d’entre elles. À cet égard, il est déjà en quelque sorte cynique que certains milieux économiques essaient de minimiser l’effet des mesures d’accompagnement. Certes, il est vrai que, depuis l’introduction de la libre circulation des personnes, les salaires, notamment ceux des catégories de revenus les plus bas, n’ont pas reculé de manière significative – mais cela ne saurait prouver que les mesures d’accompagnement sont superflues, et doit plutôt être interprété comme un signe de leur utilité.

De même, la référence au faible nombre de travailleurs détachés par rapport à l’emploi global en Suisse n’est pas pertinente. D’un côté, c’est justement la part des résidents de courte durée soumis à l’obligation d’annonce qui a fortement augmenté ces dernières années. Si la Suisse comptait encore en 2005 moins de 100‘000 résidents de courte durée, leur nombre n’a cessé d’augmenter depuis lors et se situait l’an dernier à près de 240‘000 travailleurs. D’un autre côté, le domaine des résidents de courte durée soumis à l’obligation d’annonce est un sujet très sensible pour le dumping salarial. En outre, l’effet préventif de contrôles stricts n’est pas quantifiable, mais il est décisif. Autrement dit : l’effet d’annonce et d’incitation d’une diminution des normes de protection des salaires et des conditions de travail en matière de résidents de courte durée soumis à l’obligation d’annonce est catastrophique. Si l’on ne parvient pas à protéger les salaires et les conditions de travail dans ces domaines sensibles, les autres employés se verront menacés d’une érosion considérable de la protection de leurs salaires.

Afin de pouvoir protéger efficacement les salaires et les conditions de travail en Suisse au moyen des mesures d’accompagnement, les entreprises étrangères et les résidents de courte durée doivent être contrôlés sévèrement, et des sanctions doivent être prononcées en cas d’infractions. De plus, une adaptation autonome et continue des mesures d’accompagnement aux fluctuations du marché du travail est indispensable. Mais c’est là qu’intervient l’avant-projet de l’accord-cadre institutionnel : Il ne serait plus possible de faire évoluer ou d’adapter de manière autonome les mesures d’accompagnement. La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) aurait son rôle à jouer et rendrait impossible tout mécanisme de protection ultérieur, comme elle l’a déjà fait dans d’autres Etats de l’Union européenne. De plus, le délai de notification dans les huit jours et l’obligation de déposer une caution – qui sont pourtant des instruments de protection majeurs contre le dumping salarial – seraient remis en question. Le délai de notification est indispensable pour pouvoir organiser et mener des contrôles d’entreprises étrangères, et le dépôt d’une caution permet de garantir l’application effective de sanctions contre des entreprises fautives, sans que ces dernières puissent s’en tirer en se déclarant en faillite et puissent ainsi contourner les mesures d’accompagnement.

L’inclusion des mesures d’accompagnement dans l’avant-projet de l’accord-cadre institutionnel non seulement franchit la ligne rouge du mandat de négociation, mais bafoue fondamentalement la promesse politique consistant à protéger les salaires et les conditions de travail liés à la libre circulation des personnes. Travail.Suisse rejette résolument un mauvais accord-cadre pour les travailleurs et travailleuses de Suisse, parce qu’il affaiblit les mesures d’accompagnement et rend impossible leur développement futur.

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22 janvier 2019, Gabriel Fischer, Responsable politique économique Drucker-icon

La formation professionnelle requiert-elle de nouvelles règles de financement ?

La Confédération soutient les cantons pour les prestations qu’ils offrent dans le domaine de la formation professionnelle. Ce soutien est calculé principalement sur la base du nombre de personnes effectuant une formation professionnelle initiale dans chaque canton (cf. art. 53 Loi sur la formation professionnelle LFPr). Travail.Suisse se demande si la base
de calcul utilisée pour répartir les fonds versés aux cantons reste la bonne, compte tenu de l’importance croissante d’autres domaines de la formation professionnelle – notamment la formation continue à des fins professionnelles.
suite

Comment fonctionne le financement de la formation professionnelle ? Les dépenses annuelles de la Confédération et celles des cantons sont additionnées. Au total, ces dépenses s’élèvent actuellement à quelque 3.6 milliards de francs. Selon l’art. 59.2 Loi sur la formation professionnelle LFPr, la participation de la Confédération équivaut à 25 pour cent (soit 900 millions de francs) et celle des cantons à 75 pour cent (soit 2.7 milliards de francs). Les forfaits versés aux cantons sont calculés comme suit : sur les 900 millions de francs, la Confédération déduit ses propres dépenses, p.ex. pour l’Institut fédéral des Hautes Etudes en formation professionnelle IFFP, pour les projets qui s’inscrivent dans le cadre des articles 54 et 55 LFPr et pour les frais des cours préparatoires. Elle répartit le solde en fonction du nombre de personnes qui suivent actuellement une formation professionnelle initiale en Suisse. C’est ainsi qu’elle obtient le montant d’un forfait. Chaque canton reçoit désormais un tel forfait pour toute personne qui suit une formation professionnelle initiale dans son domaine. Autrement dit : les cantons ayant de nombreux apprentis reçoivent de la Confédération davantage de subventions que ceux qui en comptent moins.

Stimulants pendant la crise des places d’apprentissage

Ces réglementations relatives au financement ont été fixées pendant la crise des places d’apprentissage. L’engagement d’un canton à créer de nouvelles places d’apprentissage a donc non seulement contribué à désamorcer les problèmes sociaux qu’engendre le « chômage des jeunes », mais a également généré un effet positif en augmentant le nombre de forfaits pour ledit canton.

L’engagement d’un canton dans d’autres domaines de la formation professionnelle, p. ex. celui de la formation continue à des fins professionnelles, n’entraîne pas les mêmes effets. Ainsi, un canton qui s’engage davantage sur cette voie-là augmente en fait ses propres coûts et le montant total du système, mais pas le nombre de forfaits qu’il obtient de la Confédération.

De nouvelles règles de financement sont-elles requises ?

Compte tenu de l’importance croissante notamment de la formation continue à des fins professionnelles due à la pénurie de main-d’œuvre qualifiée, à l’évolution démographique et au besoin de changement concernant les compétences, la question se pose de savoir si la base de calcul actuelle est toujours la bonne. L’engagement plus résolu d’un canton, p. ex. dans la formation continue à des fins professionnelles, ne devrait-il pas aussi se traduire par une augmentation des subventions fédérales ? Aux yeux de Travail.Suisse, il conviendra d’étudier cette question dans le cadre de la Formation professionnelle 2030.

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22 janvier 2019, Bruno Weber-Gobet, Responsable politique de formation Drucker-icon

Conciliation – Investissons maintenant massivement !

Si rien n’est entrepris au niveau de la Confédération, la conciliation de la vie professionnelle et de la vie privée sera toujours plus difficile. Travailleurs et entreprises payent déjà le prix fort de cette tension, qui va en augmentant. Il est temps pour la Confédération d’agir de manière volontaire et déterminée et d’investir massivement dans les mesures visant à faciliter la conciliation. Le Comité de Travail.Suisse a pris la mesure de la situation, analysé les faits et les chiffres et adopté, en novembre dernier, une résolution allant dans ce sens. Retour sur les raisons de cette décision, une première dans les annales de Travail.Suisse. suite

En Suisse, les conditions-cadre permettant l’articulation entre activité professionnelle et vie privée ne sont pas réunies. Il est difficile à chacun-e de concilier une activité professionnelle avec une vie de famille, un engagement d’aide et de soutien à ses proches, sans parler d’autres engagements (politique, social, etc.) qui assurent la vitalité de notre société. La situation ne va pas s’améliorer, bien au contraire. Le risque est grand qu’en raison du vieillissement démographique de la population, du faible taux de natalité et des exigences croissantes du marché du travail envers les travailleurs et les travailleuses (morcèlement du temps de travail, flexibilité des horaires imposée, pression pour supprimer la saisie du temps de travail), il sera toujours plus difficile de concilier son travail et sa vie privée, qu’elle soit familiale, sociale ou politique.

Le stress coûte des milliards de francs aux entreprises

Les tensions entre l’engagement professionnel et les responsabilités privées vont en augmentant. Quelles en sont les conséquences ? Elles se mesurent déjà en termes de stress vécu par les travailleurs et les travailleuses mis sous pression. En 2003 déjà, le Secrétariat d’Etat à l’économie SECO avait chiffré une partie de ces coûts et arrivait à une somme de 4,2 milliards de francs chaque année, un chiffre qui ne représente que les coûts engendrés directement aux entreprises en termes d’absences et de pertes de productivité. A ce chiffre s’ajoutent encore les rentes d’invalidité et les retraites anticipées, ce qui faisait grimper la facture à près de 10 milliards . En 2010, le même SECO a reconduit l’étude, cette fois sans chiffrer les coûts, mais en constatant que la proportion de personnes concernées avait « nettement augmenté » . Promotion Santé Suisse évalue les seuls coûts à la charge des entreprises à 6,5 milliards de francs en 2018 . Il s’agit ni plus ni moins d’une gigantesque perte sèche de productivité pour l’économie et bien sûr un gâchis du point de vue humain.

Des coûts de la santé à la charge des employés

A force de tendre la corde, il arrive trop souvent qu’elle casse. Qui dit stress dit obligatoirement conséquences sur les coûts de la santé en raison des maladies qui s’installent de manière chronique. La pression peut déboucher sur la pire des maladies liées au stress : le burn-out ou l’épuisement émotionnel. Le burn-out nécessite souvent un arrêt de travail ordonné par le médecin. Certes, durant la période d’incapacité de travail, le salaire est dû et l’employé est protégé (entre 3 semaines et 6 mois) contre la résiliation de son contrat de travail. Mais c’est bien l’assurance maladie de l’employé-e qui prend en charge les frais médicaux relatifs au traitement des symptômes du burn-out.

Grâce à son étude « Baromètre Conditions de travail » , Travail.Suisse est en mesure d’affirmer que 40% des travailleurs sont souvent ou très souvent stressés et que ces mêmes travailleurs considèrent cela en grande majorité comme (plutôt) éprouvant. La quatrième édition de 2018 de l’enquête montre une augmentation continue de la part des travailleurs qui se sentent très souvent épuisés émotionnellement à la fin d’une journée de travail.

Des réponses partielles et limitées dans le temps

Face à cette évolution préoccupante, la Confédération répond par des mesures de peu d’ampleur et limitées dans le temps. L’obstacle le plus important à une bonne articulation de la vie professionnelle avec la vie familiale est l’absence de places de crèches et/ou leur coût. C’est pourquoi le Parlement a adopté des programmes d’impulsion pour l’accueil extrafamilial, le premier remontant à 2003.

Malheureusement, ces programmes sont limités dans le temps et toujours âprement combattus par une partie de la droite parlementaire. Le programme d’impulsion actuel de 100 millions est limité à cinq ans (1.7.2018 – 29.6.2023). Il n’encourage plus la création de nouvelles places d’accueil extrafamilial, mais vise à faire baisser les coûts à la charge des parents et à adapter des crèches aux horaires inhabituels des parents. Mais les besoins en financement sont toujours aussi élevés. Selon l’évaluation du programme d’impulsion, 19,9% des enfants en âge préscolaire et 18% des enfants en âge scolaire n’ont pas de place dans des infrastructures, malgré le besoin des parents . L’évaluation montre que 42% des parents interrogés estiment que le choix des offres de garde des enfants est insuffisant. Les parents déplorent de grosses lacunes de garde durant les vacances scolaires. Il est donc nécessaire d’inscrire l’intention visée par ces programmes en véritable loi-cadre sur le financement fédéral des infrastructures d’accueil extrafamilial des enfants, ainsi que des proches que l’on aide.

Résolution du Comité de Travail.Suisse en faveur d’un Plan d’action ambitieux

Compte tenu de la situation, le Comité de Travail.Suisse a adopté – pour la première fois de son histoire – une résolution demandant à la Confédération qu’elle investisse massivement dans la conciliation. Il étaye sa décision par des faits et des chiffres connus qui, mis bout à bout, dressent un tableau sombre de la situation actuelle et future. Agir de manière volontaire et ambitieuse est nécessaire si on veut maintenir l’employabilité et la santé des travailleurs et des travailleuses et à terme, la compétitivité des entreprises qui souffrent par ailleurs déjà aujourd’hui de la pénurie de main d’œuvre qualifiée. Aux 2,2 milliards déjà investis à ce jour, il est nécessaire d’y ajouter au moins 5 milliards de plus, à raison de 500 millions chaque année durant au minimum 10 ans, à la charge des assurances sociales et des pouvoir publics. Ce Plan d’action doit couvrir toutes les mesures reconnues comme efficaces pour assurer une conciliation optimale : création de places d’accueil pour les enfants en âge pré-scolaire et scolaire et les personnes aidées, congé paternité de 20 jours, congé parental de 24 semaines, congé de longue durée pour les proches aidants, entre autres.

Le Comité de Travail.Suisse demande que la Suisse, un pays considéré comme l’un des plus riches d’Europe, cesse d’être une lanterne rouge en matière de dépenses en faveur des familles et de la conciliation. Notre pays est l’un des pays développés qui dépensent le moins d’argent public pour les politiques familiales, en pourcentage de son Produit intérieur brut (PIB), en particulier pour la prise en charge de la petite enfance. Les dépenses publiques totales (Confédération, cantons, communes) dans le domaine de la petite enfance sont estimées à 600 millions de francs par an, soit 0,1% du produit intérieur brut (PIB). C’est trois fois moins que la moyenne des pays de l’OCDE (0,3% du PIB moyen) pour ce seul secteur .

Cette résolution permettra au Président de Travail.Suisse, Adrian Wüthrich, et à son vice-président, Jacques-André Maire, tous deux conseillers nationaux, d’intervenir au Parlement. Il est clair est que si rien n’est entrepris, les conséquences frapperont en premier les travailleurs et les travailleuses dans leur santé et, à terme, l’ensemble de l’économie. Pour le bien de tous, le temps de l’ambition et de l’investissement est venu.

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16 décembre 2018, Valérie Borioli Sandoz, Responsable politique de l'égalité Drucker-icon

Loi sur le CO2 : premier bilan après son rejet par le Conseil national

Le traitement de la loi sur le CO2 par le Conseil national n’a pas été à la hauteur des enjeux du réchauffement climatique. S’il est bon qu’une mauvaise loi ait été finalement rejetée, il sera difficile de parvenir à une meilleure avec la majorité politique actuelle. Plus on retardera la réduction des émissions de gaz à effet de serre en Suisse, plus cela coûtera cher. Il en résultera aussi moins d’innovation en Suisse et ainsi moins de création d’emplois dans notre pays, ce qui est regrettable pour les travailleurs et les travailleuses. suite

L’Accord de Paris sur le climat ne déploie pas encore ses effets malgré les engagements pris. En effet, alors qu’on pouvait espérer un début d’inversion de tendance dans l’évolution des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, on doit déchanter : les émissions ont encore progressé pour ces deux dernières années. Dans ce contexte, il faut espérer que la Conférence de l’ONU sur le climat qui se tient en Pologne parvienne à des résultats probants pour mesurer les réductions d’émissions par pays. Et dans notre pays, justement, cette évolution inquiétante aurait dû conduire les parlementaires du Conseil national à ce que l’on « fasse le job » chez nous plutôt que d’acheter des certificats d’émission à l’étranger. Or, c’est le contraire qui se passe : alors que le projet du Conseil fédéral était, selon Travail.Suisse, déjà trop permissif – sur la réduction de 50% d’ici 2030 par rapport à 1990, 40% des réductions pouvaient être faites à l’étranger – le Conseil national biffamême toute répartition dans la loi, laissant le champ libre à encore plus d’achat de certificats à l’étranger. Il n’est pas certain que le rejet par le Conseil national du projet améliore ce point.

C’est une attitude peu responsable et négative pour l’innovation et les emplois. En effet, en agissant de cette manière, on développera moins les technologies propres suisses et on sera davantage tributaire de celles de l’étranger. Par ailleurs, comme le but à atteindre est de parvenir au milieu du siècle à pratiquement plus d’émissions de gaz carbonique si l’on veut éviter un réchauffement de plus de 2°C, l’achat de certificats à l’étranger ne fait que repousser l’échéance de la nécessité de réduire complètement les émissions de gaz à effet de serre en Suisse même. Un autre point négatif de l’achat de certificats d’émissions à l’étranger réside dans le fait que les différents projets à l’étranger ne sont pas toujours conformes au respect des droits des travailleurs et travailleuses. Même si la loi pose des garde-fous à ce sujet, il est douteux que les moyens de contrôle suffisent pour faire respecter les droits du travail dans ces projets.

L’UDC, fer de lance de l’indépendance, fait dépendre la Suisse des énergies fossiles de l’étranger

On restera ainsi plus longtemps dépendants du pétrole et du gaz et on continuera à importer ces énergies fossiles en milliards de francs. Ne serait-il pas plus avisé d’investir plus vite et plus massivement ces milliards de francs dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique ? Pour Travail.Suisse, la réponse ne fait pas de doute. On aura un environnement plus sain plus rapidement tout en favorisant davantage la compétitivité de l’économie et la création d’emplois en Suisse. L’UDC, toujours en proue pour l’indépendance de la Suisse rend en fait la Suisse plus longtemps dépendante de l’étranger et des énergies fossiles avec une politique visant à torpiller la loi sur le CO2. Elle va même jusqu’à diffuser des chiffres erronés – comme c’était déjà le cas lors de son référendum contre la stratégie énergétique 2050 – en prétendant que la loi sur le CO2 pour la période après 2020, si elle est adoptée dans la version du Conseil national, coûtera pour un ménage de quatre personnes 1400 francs par an de plus. Or, ces chiffres sont tronqués et reposent sur des valeurs extrêmes. Ainsi, pour ne prendre qu’un exemple, le calcul « oublie » que dès 2025 le produit de la taxe sur le CO2 sera complètement reversé à la population alors qu’un tiers du produit de la taxe est aujourd’hui affecté à la rénovation des bâtiments. Et les 3000 litres de mazout qui servent de base pour le calcul de la consommation correspondent à des maisons datant d’avant 1990 et n’ayant pas été rénovées.

Trafic aérien : dumping climatique !

Travail.Suisse exprime aussi sa déception qu’il ne se soit pas trouvé de majorité pour une taxe sur le CO2 sur les billets d’avion. Il était pourtant question de montants qui n’auraient pas mis en péril la compétitivité des aéroports suisses avec des taxes entre 12 et 30 francs pour des vols dans les pays de l’UE et entre 30 et 50 francs dans d’autres pays. Et d’ailleurs, plusieurs pays européens ont introduit de telles taxes. Or, l’évolution du transport aérien n’est plus supportable pour le climat. En 2015, les Suisses ont effectué 2.6 fois plus de kilomètres en avion qu’en 2005, avec pour conséquence une augmentation de 40% des émissions de CO2 dues à ce facteur. Aller à Barcelone pour 50 francs suisses, comme en train de Lausanne à Fribourg, y faire ses courses et revenir le soir : c’est faisable grâce à un véritable dumping climatique sur les prix des billets ! Il est temps que l’on s’attaque à de tels anti-modèles de mobilité durable en internalisant au moins en partie les coûts externes du trafic aérien.

La Suisse devenue un élève moyen pour la politique climatique en comparaison avec les pays de l’UE

La Suisse était encore dans les années 1990-2000 un pays avec des normes environnementales souvent plus élevées que celles en vigueur dans les pays européens voisins. Elle est devenue, en matière de politique climatique, un élève européen moyen. Elle reprend tout juste les objectifs de l’UE et encore ! La loi sur le CO2 pour la période postérieure à 2020 qui sortait des débats du Conseil national n’était pas à la hauteur des défis et des responsabilités à prendre pour léguer à nos enfants et petits-enfants un réchauffement de moins de 2°C et si possible de 1.5°C. On peut ainsi se réjouir du rejet de la loi. Travaiil.Suisse fera tout son possible, en particulier en exerçant son influence auprès de nombreux parlementaires, pour montrer la nécessité pour les travailleurs et travailleuses d’ objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre plus ambitieux en Suisse même et parvenir ainsi à une loi sur le CO2 pour la période après 2020 de bonne facture.

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16 décembre 2018, Denis Torche, Responsable politique environnementale, fiscale et extérieure Drucker-icon

Des personnes ayant un handicap visuel s’entraînent à la numérisation

Lorsque la vue décline, les technologies numériques peuvent améliorer notablement la participation à la société. Des personnes ayant un handicap visuel apprennent dans des cours à utiliser de manière optimale leur smartphone. Travail.Suisse Formation, l’instance de politique de formation de Travail.Suisse, dans le cadre de son projet « Améliorer l’accès à la formation continue publique pour les personnes ayant un handicap visuel », a rendu visite à « l’Apfelschule » et observé les personnes malvoyantes lors de leur apprentissage. suite

Cécile Haldemann touche l’écran de son smartphone. « Téléphone, WhatsApp, E-Mail, Rekunia » lui indique la voix du computer. Elle touche l’application Rekunia, sort un paquet de billets de son portemonnaie et approche l’appareil de photo sur l’un d’entre-eux. «Il faut le tenir plus près », conseille le maître de cours Sandro Lüthi. Maintenant cela fonctionne : « Dix francs suisses » répond le téléphone. « J’ai bien de la peine à distinguer les nouveaux billets parce qu’ils ont quasiment tous la même taille », indique cette personne de 61 ans. Alors que les personnes malvoyantes exercées reconnaissent les billets aux fines rayures palpables sur les bords, celles dont la vue a récemment décliné ont plus de peine : « Jusqu’ici, j’avais le plus souvent un sac de pièces de cinq francs avec moi car elles se distinguent bien des autres pièces de monnaie » rit Cécile Haldemann. « On devient inventif. »

Pour exercer la façon de s’y prendre avec son smartphone, cette femme de Gommiswald (SG) a participé au début novembre à un workshop de deux jours à Uznach. L’association « Apfelschule » propose régulièrement des cours dans toute la Suisse. Les appareils numériques sont d’une grande aide pour la gestion du quotidien pour les personnes souffrant d’un handicap visuel. Mais il faut en apprendre la meilleure utilisation. Beaucoup de personnes âgées ne sont pas encore bien familiarisées avec le smartphone. Les plus jeunes doivent en revanche en exercer l’utilisation avec la voix.

L’organisation s’est donnée ce nom de fruit car ce sont les appareils de la marque Apple qui se prêtent le mieux aux besoins des personnes malvoyantes. Le système d’exploitation de l’iPhone est le premier à avoir intégré un module d’aide comme par exemple l’assistante vocale Siri et la fonction VoiceOver qui lit le texte à haute voix. De plus, il existe aussi différentes applications spéciales que l’on peut télécharger. Mais l’association n’est pas dépendante de l’entreprises Apple mais soutenue par la Fédération suisse des aveugles et malvoyants (FSA).

Exercices pratiques

« Le smartphone augmente ma liberté de mouvement » indique le directeur Sandro Lüthi. Cet homme de 41 ans est atteint depuis dix ans d’une maladie dégénérative progressive des yeux mais il lui reste une vue partielle. Il a réglé son smartphone pour faire apparaître l’écriture en blanc sur un fond noir et peut ainsi encore l’utiliser pour le moment sur un plan optique. Sandro Lüthi a grandi avec les technologies numériques et peut cependant bien se mettre à la place d’autres générations. « Si on est déjà atteint d’un handicap visuel, notre époque est alors la meilleure sur ce plan » dit-il clairement.

C’est à peine si on remarque que Cécile Haldemann est complètement aveugle. Elle se déplace aussi avec sûreté sans canne dans l’espace ambiant et ne se cogne pratiquement pas. Lorsqu’elle parle, elle regarde droit dans les yeux son interlocuteur. Pourtant dans la vie quotidienne, cette femme active et débordante de vie est tributaire du soutien de son mari et de nombreuses connaissances. Jusqu’à peu de temps, elle a pu s’en sortir avec son handy à touches. Puis cela est devenu toujours plus difficile. « Je ne peux plus lire des messages et en écrire. » Il y a juste une semaine, elle s’est donc tournée vers un smartphone. L’application software Siri de reconnaissance vocale est devenue sa fidèle assistante. « Appelle Werner, s’il-te-plaît », dit Cécile Haldermann ou « Ecris un WhatsApp à Helen. » Siri obéit bravement et transcrit les mots parlés en écriture. Elle connaît aussi toutes les émoticônes mieux que beaucoup de bien voyants et les décrit : « visage ricanant avec des yeux plissés, morceau de pizza, drapeau du Togo ». Siri a aussi le calendrier bien en mains : elle fixe les rendez-vous dans l’agenda ou répond à la question : « Quels sont mes rendez-vous aujourd’hui ? »

Mobile et informé

Le moment est venu de faire une pause au cours de laquelle les participants au cours échangent leurs expériences. Après avoir pris le café, l’utilisation de l’application CFF est au programme. Le responsable du cours Jörg Schilling explique comment introduire les lieux de départ et d’arrivée par la commande vocale et obtenir la liaison. Il recommande aussi de toujours enregistrer le voyage prévu. « L’application vous annonce ainsi quand vous devez sortir. C’est pratique quand vous n’êtes plus certain du prochain arrêt. » Les médias sont un autre thème du cours : les aveugles peuvent sans problème écouter la radio et la télévision sur Play-SRF. Et pour 100 francs par an, l’application E-Kiosk leur permet d’obtenir la plupart des journaux suisses. Si l’on veut que les personnes malvoyantes puissent utiliser les pages internet et les applications habituelles, il faut les concevoir sans obstacles. C’est déjà aujourd’hui le cas pour la plupart des offres officielles comme la consultation de l’horaire des CFF.

Ernst Horat est très heureux de toute l’aide numérique mise à sa disposition. Car la lecture de textes plus longs est devenue très astreignante pour cet homme de 78 ans. « Le regard est voilé comme si quelqu’un avait tiré les rideaux », explique ce retraité dynamique de Richterswil, qui conduisait encore la voiture il y a moins d’un an. Maintenant, il ne peut presque plus se diriger dans l’espace public avec ses yeux, mais il se fait lire des livres et des journaux par le lecteur sonore d’écran. Il a un iPhone depuis longtemps. « Auparavant, j’avais regardé Siri plus comme jeu et divertissement », indique Ernst Horat. « Aujourd’hui, l’assistante numérique est devenue pour moi une accompagnatrice indispensable dans la vie de tous les jours. »


Ne pas être laissé seul face à la technique
L’association Apfelschule est redevable à l’engagement du président d’honneur actuel Urs Kaiser. Ce Soleurois aveugle a commencé il y a environ 7 ans à soutenir les personnes aveugles et malvoyantes dans l’utilisation de leur smartphone. Du fait d’une demande croissante, une association officielle a été fondée en 2016 avec un secrétariat professionnel en Suisse alémanique et en Suisse romande. L’Apfelschule offre en divers lieux des cours de base, de développement et thématiques. Hormis des aides à la communication et à l’organisation, les aspects de l’utilisation des médias et la navigation internet sont abordés. www.apfelschule.ch.

Il faut aussi mentionner l’entreprise Tools4theBlind, fondée en 2007 par Stefan Hofmann, qui propose des formations et des conseils pour l’utilisation d’appareils techniques. On trouve dans son local de vente à Winterthour de nombreux moyens d’aide pour le travail, la vie quotidienne et les loisirs. L’équipe propose aussi son soutien pour l’aménagement de la place de travail. www.tools4theblind.ch

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16 décembre 2018, Andrea Söldi, libre journaliste RP Drucker-icon